Dépression : la conséquence d'avoir cédé sur son désir

Freud rapproche le processus douloureux du deuil qui fait suite à la perte d'un proche, à la mélancolie et à la dépression. Le schéma est celui du désinvestissement d'un objet pulsionnelqui soutenait le moi, auquel ce dernier s'était identifié. La personne se croyait un moi, et ce moi était soutenu de l'extérieur. Une fois cet appui extérieur perdu, c'est l'unité de la personne qui trébuche… 

La mélancolie se caractérise du point de vue psychique par une dépression profondément douloureuse, une suspension de l’intérêt pour le monde extérieur, la perte de la capacité d’aimer, l’inhibition de toute activité et la diminution du sentiment d’estime de soi qui se manifeste par des auto-reproches …

Le deuil, réaction à la perte d’une personne aimée, comporte le même état d’âme douloureux, la perte de l’intérêt pour le monde extérieur (dans la mesure où il ne rappelle pas le défunt), la perte de la capacité de choisir quelque nouvel objet d’amour que ce soit (ce qui voudrait dire qu’on remplace celui dont on est en deuil), l’abandon de toute activité qui n’est pas en relation avec le souvenir du défunt…

Le mélancolique nous dépeint son moi comme sans valeur, incapable de quoi que ce soit et moralement condamnable ; il se fait des reproches, s’injurie et s’attend à être jeté dehors et puni. Il se rabaisse devant chacun, plaint chacun des siens d’être lié à une personne aussi indigne que lui... Le tableau de ce délire de petitesse (principalement sur le plan moral) se complète pas une insomnie, par un refus de nourriture et, fait psycho-logiquement très remarquable, par la défaite de la pulsion qui oblige tout vivant à tenir bon à la vie….

La dépression reprend ce modèle : elle est une petite mélancolie. Le désir existe encore, le moi survit, mais il y a pensée douloureuse, désinvestissement de la relation ; les symptômes de la mélancolie y sont simplement réduits…. »

Freud (Deuil et Mélancolie)

Quand les échanges  entre nous-mêmes et le monde extérieur (par la pensée ou par l’action) cessent, la dépression survient.  Ces  échanges sont les résultats du mouvement  du désir. La dépression se manifeste par une absence de désir.  Selon Lacan  la dépression est le résultat d’une lâcheté morale (Télévision), c’est-à-dire, la conséquence d’avoir cédé sur son désir.
Ne pas céder sur son désir, aller donc au-delà du principe de plaisir: puisque le culte du plaisir est la mort du désir.

Dépression et cancer: Il semble en effet que les dépressifs chroniques qui, sur une période de plusieurs années, ressentent une certaine tristesse, une perte d'intérêt ou de la capacité à éprouver du plaisir, une fatigabilité anormale, ont environ deux fois plus de risque d'avoir un cancer que les personnes non dépressives ou celles dont la “dépressivité” n'est que passagère.