Pour une présence crèatrice

La découverte d’une scène inconsciente derrière la scène manifeste du théâtre de la vie permet à l’acteur d’exister dans sa «présence» créatrice, fugitive mais insistante. Chaque artiste est un sujet re-présenté par son dire et son agir. Il en va ainsi pour chaque humain.

Chez Platon, la «re-présentation» est conçue comme imitation (mimèsis) de la «présence». Par conséquent, la représentation est, en tant que reproduction d’un réel absolu, une chose privée d’essence. Une telle conception de la représentation repose sur la notion métaphysique d’un réel caché dans des profondeurs et qui reste inaccessible.

Sur la scène théâtrale, comme sur la scène de la vie, le réel advient à la présence, à travers une parole et un geste créateurs capables de relier le texte de l’auteur au texte inconscient de l’acteur. Le travail de l’analyste et celui de l’artiste visent à rendre présents des fragments de réel, qui restent inter-dits dans les paroles et dans les actes. Créer un lieu de présence, c’est concevoir une façon de dévoiler qui renonce à mettre l’essence à nu, puisqu’il ne s’agit pas de voir la vérité, mais d’entendre, de saisir quelque chose, peut-être une seule note, qui nous permet d’être là, de nous tenir droits, de parler.

Pour sortir du Malaise du présent, il ne suffit pas de maîtriser notre vie et notre monde en les rendant plus calculables et pré-visibles, mais il faut apprendre à lâcher prise, à capter, par l’ouïe et par la vue, à «vouïr» les symptômes de notre civilisation souffrante.